mar 22 mai 2007

Poker: y a full au portillon!

22 05 2007
Les stars affichent leur passion, les tournois font le plein, les jetons se vendent comme des petits pains, les cours se multiplient et la télévision entretient le mythe. La prudence reste pourtant de mise.
Le poker n'est-il qu'une mode éphémère? Ou le Texas Hold'em est-il en passe de détrôner le jass? Au fil des mois, la balance commence à pencher légèrement en faveur de la seconde option. La preuve par cinq. La vente de DVD, de livres, de mallettes de jetons et de jeux vidéo explose. Les sites de jeu en ligne sont aussi rentables qu'une quinte flush face à trois carrés. Trois revues françaises, Poker Magazine, Poker Live et Poker Word, tentent désormais de séduire les joueurs jusque dans les kiosques. Le démineur et le solitaire sont en passe de devoir prendre leur retraite puisque Windows Vista Ultimate propose un logiciel de Texas Hold'em. Et, cerise sur le gâteau, l'Ecole-club Migros offre désormais des cours de poker. Si ça, c'est pas une preuve!

Les people affichant leur passion pour le poker étant désormais légion, ce jeu a entamé sa remontée des enfers, le cliché mafieux-cigare-whisky-petites pépées s'estompant peu à peu. Les chaînes de télévision françaises ayant flairé le bon filon, elles sont de plus en plus nombreuses à proposer à leurs téléspectateurs de regarder les pros à l'œuvre. Voire même, comme Direct 8, à donner leurs chance aux jeunes prometteurs. Comme l'explique Thierry K. Ventouras, responsable de l'unité divertissement de la TSR, les nouvelles petites caméras qui permettent de voir la main de chaque joueur ont changé la donne. "Avant, le téléspectateur n'était pas vraiment partie prenante, tandis que maintenant, cette technologie permet d'avoir une vision du jeu de l'intérieur, d'être à la place du joueur. Cela transforme complètement la dramaturgie."

Déformation télévisuelle
Mais attention! Comme l'analyse le journaliste et spécialiste Michel Abécassis dans une interview donnée au site PokerNews, "la télévision ne change pas l'essence du jeu, mais le déforme, car ce n'est qu'un montage des meilleurs coups. Elle modifie donc la perception qu'ont les gens du poker. Et puis il s'agit de retransmissions des tables finales, où la façon de jouer est beaucoup plus violente, les coups plus spectaculaires." En début de tournoi, on fait plus souvent tapisserie que tapis. Méfiance, donc, si c'est la télévision qui vous sert de prof!

Méfiance aussi face au jeu, qui peut vite devenir compulsif, surtout depuis que, grâce à l'internet, on peut jouer depuis chez soi et à n'importe quelle heure, en espérant gagner gros. "Plus il y a de récompense financière à la clé, plus c'est addictogène", affirme Jacques Besson, professeur au Centre hospitalier universitaire vaudois et responsable du Centre du jeu excessif de Lausanne. Il précise néanmoins que "le poker fait appel, en partie du moins, à l'habileté; si on sait jouer, on améliore ses chances de gagner. Il s'agit donc d'un jeu d'argent par opposition aux roulettes ou aux machines à sous, qui sont des jeux de hasard et d'argent, encore plus propices à la dépendance."

Bien qu'il n'ait pas constaté une recrudescence du nombre de joueurs maladivement accros au poker, il estime néanmoins que, puisque ce jeu n'est devenu tendance que récemment, il est possible que les gros dégâts qu'une addiction peut provoquer – dépression, endettement, etc. – ne soient pas encore apparents. Il souligne encore que "la "publicité" que fait la télévision au poker peut augmenter l'effet de mode et rabattre les gens sur l'internet". Ce qui l'inquiète car, en ligne, entre les jeux d'argent et ceux qui font appel au hasard pur, il y a un continuum, une proximité, qui facilite le passage de l'un à l'autre, "ce qui peut accroître la prévalence du jeu excessif, avec les problèmes, les naufrages même, qui l'accompagnent".

Prudence, donc! Et si vous craignez de devenir accro, il vous reste toujours le bus poker. Chacun choisit une rangée de cinq places vide et, une fois remplie, la meilleure main l'emporte, sachant qu'une personne âgée représente un as, un homme, un roi, une femme, une dame, un ado, un valet et un enfant un 10. Pour une fois qu'un trio de petites vieilles peut mettre la pâtée à trois jeunes loubards…


Thema - La fièvre du poker
Arte
Vendredi 1er juin 22.05

Le voc de base
Poker: jeu dans lequel les participants parient sur la force des cartes qu’ils ont en main. Le pot, constitué des mises des joueurs, récompense celui ayant la main la plus forte.

Poker fermé: variante du poker dans laquelle les joueurs se voient distribuer cinq cartes; chacun peut ensuite changer de zéro à cinq cartes. A la fin, chaque joueur encore en lice montre sa main, et celle formant la meilleure combinaison gagne.

Texas Hold'em: variante du poker actuellement la plus médiatisée. Chacun reçoit deux cartes qu'il ne montre pas aux autres puis le donneur découvre et pose successivement au centre de la table (board) trois cartes (flop), une carte supplémentaire (turn ou tournant), et enfin une dernière carte (river ou rivière). Chaque joueur encore dans la course présente alors une main de cinq cartes choisies parmi ses deux cartes privées et les cinq cartes du board, la meilleure l'emportant.

Les mains: combinaisons de cartes possibles. Dans l'ordre croissant de leur valeur, on trouve la paire, la double paire, le brelan, la suite, la couleur, le full, le carré et finalement la quinte flush.

Faire tapis ou All In: miser tous ses jetons en une seule fois, en prenant le risque de tout perdre.

Se coucher: annoncer qu'on renonce à jouer jusqu'à la fin d'une partie en abandonnant toute prétention au pot.

Cash-game: partie ou l'on joue avec des jetons représentant de l'argent réel, par opposition au tournoi, où seule l'inscription se paie en argent. Dans un tournoi, le participant sait donc d'entrée de jeu la somme maximale qu'il risque de perdre s'il est rapidement éliminé, à savoir ses frais d'inscription.

That's Poker! Carré d'as à Vegas
That's Poker!… Dans la peau d'un joueur, documentaire cofinancé notamment par la TSR, qui l'a diffusé la semaine dernière, et par Arte, qui le propose le vendredi 1er juin à 22 h 05, a coûté plus de 800 000 francs et nécessité dix semaines de tournage à Las Vegas, puis cinq mois de montage. Martin Delpierre a gagné la confiance de quatre as du poker – Isabelle Mercier, Fabrice Soulier, Luca Pagano ainsi que Joe Hachem, le champion du monde 2005 – et les a suivis tout au long des séries mondiales, soit quarante tournois se déroulant durant sept semaines dans la "ville du vice". Trouver le bon dosage pour permettre au téléspectateur non initié de suivre, sans pour autant tomber dans les traditionnels clichés, tel est le défi qu'a voulu relever le réalisateur. C'est pour cette raison qu'il a choisi de faire reposer son documentaire sur la vie des joueurs et non sur le jeu lui-même. Vous ne verrez donc pas les mains gagnantes ni les coups de bluff ratés mais, à l'aide de voix off, entrerez dans la tête des joueurs pour tenter de comprendre leur état d'esprit au cœur d'une suite de tournois dont le plus important peut rapporter la bagatelle de 12 millions de francs.

Pour en savoir plus: www.arte.tv/poker
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