ven 15 juin 2007

Les bars misent sur le poker

15 06 2007
Déjà 125 bars se seraient montrés intéressés à accueillir les matchs de la ligue, et la CPBQ vise les 150 avant le début des activités, prévu pour le mois d’août. (Photothèque Le Soleil)

Il est déjà possible de jouer au poker dans certains bars, là où la police le tolère. Mais la Corporation des propriétaires de bar du Québec (CPBQ) devrait faire un pas de plus dans cette direction, la semaine prochaine, quand elle annoncera son partenariat avec l’Association des joueurs de tournoi de poker du Québec pour créer une ligue dont les matches seraient disputés dans les estaminets de la province.

« Ce n’est pas finalisé, a confié au Soleil Renaud Poulin, président de la CPBQ, mais (...) on va faire parvenir le fonctionnement de la ligue la semaine prochaine au ministre de la Sécurité publique. Parce qu’on ne veut pas partir une ligue et se faire dire après que c’est illégal. (...) Il nous reste seulement à envoyer cette lettre-là, pour leur demander de nous faire leurs commentaires s’ils en ont. »

Au Québec, nous expliquait hier Johanne Marceau, du ministère provincial de la Justice, « il y a des articles dans le Code criminel qui prévoient des règles en matières de jeu : tout jeu est illégal à moins qu’il ne soit opéré par le gouvernement, par le biais de Loto-Québec par exemple, ou qu’il n’ait fait l’objet d’un permis de la Régie des alcools, des courses et des jeux ou d’une entreprise du genre ». Mme Marceau n’a toutefois pas voulu se prononcer sur le cas précis du poker dans les bars, en partie parce que la définition du jeu peut donner lieu à diverses interprétations.

C’est sur cette définition que comptent les bars pour garder leur projet dans les limites de la loi. La formule retenue pour la future Ligue de tournoi de poker du Québec n’implique en effet aucun pari ni mise de départ. « La loi dit que les jeux de hasard, c’est quand les gens peuvent gagner ou perdre de l’argent, explique M. Poulin. Dans ce cas-ci, ils ne pourront pas en perdre, parce qu’ils n’en débourseront pas. C’est vraiment pour s’amuser. (...) Nos procureurs nous ont dit qu’il n’y aurait aucun problème parce qu’il n’y a pas d’argent déboursé », a-t-il ajouté.

Il y aura cependant ce que M. Poulin appelle des « incitatifs », c’est-à-dire des prix à gagner. Après avoir accumulé des points lors de tournois locaux afin de se qualifier pour une sorte d’éliminatoires, et après avoir traversé celles-ci, trois grands gagnants se mériteraient une participation toutes dépenses payées à de prestigieux tournois de poker —- rien de moins que les World Series of Poker à Las Vegas, le Aussie Million en Australie, et le Grand Prix de Paris, selon le site internet de la ligue (www.liguetournoipoker.com).

La ligue sera ouverte à tous, mais il faudra être membre de l’Association des joueurs de tournoi de poker —- au coût de 10 $ par année —- pour que les points mérités lors des tournois soient comptabilisés. Une « contribution volontaire de 1 $ » sera aussi suggérée « pour la gestion de la ligue », précise le site. Cette Association est présidée par André Boyer, qui co-anime une émission de poker sur la chaîne sportive RDS. Il n’a pas été possible de s’entretenir avec M. Boyer, qui était hier à Las Vegas.

Déjà 125 établissements se seraient montrés intéressés à accueillir les matches de la ligue, et la CPBQ vise les 150 avant le début des activités, prévu pour le mois d’août. La région de la capitale en compterait une quinzaine, dont huit dans la ville de Québec, que M. Poulin préfère ne pas identifier pour l’instant.

Il prévoit par ailleurs que la formule des tournois, qui n’implique aucun débours, attirera non seulement des amateurs avérés, mais aussi des profanes — ce qui n’a rien pour lui déplaire, puisque l’intérêt de sa Corporation est évidemment de créer un achalandage. « La nature du propriétaire de bar, c’est d’amener des gens, dit-il. On a fait des tournois de cribble, des tournois de billard, ça amène une circulation dans le commerce. (...) En ce qui concerne le poker, on n’a pas le choix, c’est partout. »

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